Que penser de l’IA ?
Que penser de l’IA ?
Si je pose la question de cette façon, la réponse, notamment dans le milieu militant libriste, semble assez évident : il faut combattre cette nouvelle étape de la mondialisation économique, extractiviste, anti-écologiste, etc.
Pour autant, après avoir interrogé un certain nombre de militant-es, l’utilisation des outils de l’IA ne sont pas extraordinaires parmi nous.Déjà, un nombre non négligeable de personnes utilise ces outils. Ce qui est aussi mon cas (pour un nombre de fois limité…
Pour y voir un peu plus clair, il est sans doute nécessaire d’aller plus loin dans l’analyse.
D’abord, de quoi parlons-nous ?
La première étape de l’IA consiste à effectuer automatiquement le travail que tout le monde faisait seul auparavant. Avant l’IA, quand nous cherchions un renseignement sur le net, nous utilisions un moteur de recherche. Nous obtenions, selon la qualité de notre question, une liste de sites qui évoquaient le sujet. A nous de lire, de faire le tri, puis d’en faire une synthèse. C’était plus rapide que d’aller fouiller dans des encyclopédies en papier, voire dans des bibliothèques que nous avons vite abandonnées.
La première étape de l’IA a consisté à faire ce travail à notre place. Plus besoin de poser des questions à des moteurs de recherche. Il suffit de demander à Mistral, Claude, Chat GPT de faire le tri, de nous le présenter sous la forme souhaitée (en longueur, en style, voire en langue !).
Puis les capacités de cette IA ont augmenté. Nous pouvons aujourd’hui lui demander de faire une synthèse de texte, voire de livre, de traduire un texte, de nous écrire une partie de code pour réparer une appli qui dysfonctionne, nous écrire un tract…
L’étape qui est aujourd’hui entamée est celle qui va permettre à ces machines de créer des produits qu’aucun humain n’aura demandés.
Quels sont les inconvénients déjà pointés ?
Les problèmes que génère cette IA sont très divers. Essayons de les classifier (sans hiérarchie pour l’instant).
L’économie : Les investissements nécessaires aux développements des entreprises de l’IA sont faramineux. Sans doute des niveaux jamais atteints sont envisagés. Des centaines de milliards de dollars sont investis dans des entreprises qui ne dégagent pas de bénéfices (voire qui sont en déficit). C’est le cas, par exemple d’Open AI qui n’a pas encore gagné un dollar depuis son existence, qui a déclaré 8 milliards de pertes en 2025 (pour un chiffre d’affaires de 20 milliards), qui est valorisée à 800 milliards de dollars et prévoit d’investir 600 milliards de plus jusqu’en 2030 !
Les entreprises numériques sont depuis quelques années les plus fortes valorisations boursières du monde. Aujourd’hui, les chiffres atteints sont inimaginables. Quel est le réel risque de bulle et de catastrophe économique mondiale ?
L’écologie : Si des investissements aussi faramineux existent, c’est principalement parce qu’il faut investir et développer les outils de production. C’est, d’abord, par la construction de fermes de données. Ces grands bâtiments occupent des espaces de plus en plus important, consommant massivement de l’eau (refroidissement) et de l’énergie pour faire tourner 24h/24h leurs machines.
Mais pour que ces outils fonctionnent, il faut aussi du matériel « naturel ». D’où la recherche de métaux dits rares (parce qu’il y en a peu dans le monde). C’est une course mondiale, détruisant tout un environnement dans la proximité des mines à ciel ouvert…
La culture : Pour que ces entreprises soient efficaces, il leur faut pouvoir fouiller dans tous les sites, cloud, lieux de stockage, et ce, dans le monde entier. Pour répondre correctement aux questions que nous pouvons poser, elles doivent tout connaître, tout lire, tout mémoriser. Sans en avoir obligatoirement le droit. D’où les détournements au détriment des journalistes, auteurs, écrivains, artistes divers, etc.
Mais le plus dangereux, c’est que ces machines lisent et donc apprennent pour comprendre et imiter. Nous pouvons aujourd’hui demander à une machine d’écrire un livre sur commande !!!
Est-il encore possible de lutter, et comment ?
Là, c’est le plus dur…
La lutte contre un outil qui a commencé à s’inscrire dans nos pratiques va être très compliquée. Nous pouvons déjà mesurer l’ampleur du problème lorsque nous voyons la difficulté à lutter contre les réseaux sociaux.
Il semble néanmoins qu’il existe plusieurs axes pour lutter.
L’information, la formation,
Les dégâts causés par le développement de l’IA sont fort peu connus des militant-es et encore plus du grand public. Il est donc nécessaire de communiquer sur les trois éléments (au moins) présentés en début de cet article. Par exemple, un renvoi sur la carte proposé par « Le nuage était sous nos pieds » est très informateur sur le nombre de fermes de données en projet, en France…
Ce site (mais il y en a d’autres) indique aussi les lieux de luttes, les actions mises en œuvre et comment les développer. Il est indispensable de se joindre à ces luttes…
Mais si l’information est indispensable, elle n’est pas suffisante. Il faut aussi apprendre à se servir autrement du numérique.
Vers une décentralisation numérique.
Le numérique s’est développé avec une logique de concentration et de hiérarchie des infrastructures. Les grandes entreprises qui ont permis ce développement étaient autant (si ce n’est plus) animées par le goût du gain que par la progression technologique. C’est ainsi que Google, Facebook, Amazon, etc. ont vite cumulé des centaines de millions d’utilisateurs de leurs outils. A telle enseigne qu’aujourd’hui encore, l’adresse mail @gmail est la plus utilisée, y compris chez les militant-es !!! Et si nous ajoutons Google comme lieu de stockage préféré des occidentaux, on mesure vite le poids pris par ces entreprises…
Il est donc urgent de décentraliser notre utilisation du numérique. Il faut localiser les lieux de stockage, chez des hébergeurs que nous pouvons connaître proches de notre lieu de vie (voir la carte des Chatons). Leurs moyens de stockage seront bien entendu moins puissants, raison de plus pour gérer avec sobriété nos données. Ne garder que les docs utiles, nettoyer régulièrement nos boîtes aux lettres, etc.
Si nous cassons cette volonté de stockage massif, nous serons plus en mesure d’exiger l’arrêt du développement des fermes de données.
Utiliser des outils libres.
Si une des solutions consiste à décentraliser l’utilisation de l’internet, une autre existe dans l’utilisation des logiciels dits « libres« .
Il existe aujourd’hui une liste très fournie de logiciels qui font le même travail que les logiciels « propriétaires ». Ils sont d’accès simple, possèdent des aides en ligne, et fonctionnent de manière très proche que les outils Microsoft, Google, Apple, etc. L’association Attac propose une liste de ces outils pour tout type d’usage…
L’utilisation de ces outils ne va pas changer la question posée par l’IA. Mais elle permet de montrer que les solutions visant à améliorer les échanges entre les humains peuvent très bien exister sans investissements financiers démentiels, sans privatisation des données… Utiliser des logiciels libres, c’est déjà changer le monde. C’est montrer que tout ne repose pas sur des échanges financiers. Une encyclopédie comme Wikipédia est rédigée par des bénévoles. Ce n’est pas un hasard si cette association est un des ennemis préférés de Musk…
Mais attention, logiciel libre ne veut pas dire gratuit. Des dons sont demandés (et ce sont souvent la ressource financière essentielle de créateur), voire, une mise en vente est exigée… ce qui n’autorise nullement la propriété du code et la rupture de l’esprit du « librisme »…
Exiger la mise en place de réglementations plus fortes
Toute notre action aura beau être efficace, dynamique, elle ne suffira sans doute pas à éradiquer les affres de l’IA. Une réglementation, locale et internationale doit être mise en place.
Parmi les éléments de cette réglementation, il y a l’obligation de payer l’accès et l’utilisation des sources de données de l’IA, mais aussi l’autorisation des auteurs et autrices. La notification de l’origine de la donnée doit aussi être accessible facilement…
Une certain nombre de ces règlements existent déjà, notamment au sein de l’UE. Mais ils sont insuffisants, et surtout, ils ne sont pas (ou très peu) appliqués.
… et puis ne pas oublier l’action sur le terrain !
Enfin, un dernier domaine d’action existe encore, et pas des moindres, c’est celui de l’action locale contre la construction de fermes de données de plus en plus massives.
Il faut absolument lutter, toujours plus fort, contre l’extractivisme et contre la construction de ces fermes.


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TaggedDroit international, guerre, israël, ONU, Palestine